Un second souffle pour l'éolien dans le Cantal ? On vous dévoile la carte des "zones favorables"
Photo d’illustration de Simon Magny

« A-t-on assez développé les énergies renouvelables ? La réponse est non. En France, et donc par définition dans le Cantal », déduit le préfet Laurent Buchaillat.

Une loi prévoit d’identifier des « zones d’accélération » pour la production d’énergies renouvelables. Les maires ont jusqu’au 31 décembre pour faire remonter leurs propositions en préfecture. L’État espère que les élus locaux joueront le jeu… mais en ce qui concerne l’éolien, les réticences restent écrasantes. Comment le préfet du Cantal tente-t-il de convaincre ? Il s’appuie notamment sur un travail cartographique, d’après lequel 4,9 % du département est « à considérer ». Découvrez cette carte. 

« Concernant les éoliennes, la position du conseil départemental est simple : pas de nouveaux parcs ni d’extension des parcs existants. » Voici un résumé de la charte sur le développement des énergies renouvelables adoptée le 31 mars par le conseil départemental du Cantal. 

Un terrain hostile, réfractaire, sur lequel le préfet doit quand même essayer d’avancer. « Je n’ai pas à commenter un texte que votent les élus d’une assemblée », écarte-t-il.

Mais Laurent Buchaillat estime que le Cantal doit « prendre sa part, comme les autres. D’ailleurs, il y prend sa part : aujourd’hui, le développement de l’éolien n’est pas suffisant… mais pas négligeable », souligne-t-il.

Les limites de la logique « autarcique » 

Au classement des 12 départements d’Auvergne-Rhône-Alpes, le Cantal arrive au troisième rang des plus gros producteurs d’énergie éolienne, d’après les chiffres du préfet : 46 mâts, 107 mégawatts pour 227 gigawattheures produits par an. Sans oublier 20 éoliennes (pour 56 mégawatts) autorisées mais pas encore raccordées. Comme celles du parc de l’Algoux, à Parlan.

L’argument massue des anti-éoliens, selon lequel le Cantal aurait « déjà donné » avec la construction de barrages, ne convainc pas totalement le préfet. « L’électricité produite de manière hydroélectrique est extrêmement importante, notamment pour gérer les pics de consommation, concède-t-il. Mais tout cela s’intègre dans des visions nationales… Certes, on a des barrages. À l’inverse, pour plein d’autres aspects de notre activité économique, on dépend des autres. Si l’on veut manger du poisson de mer, ce n’est pas le Cantal qui le fournira ! On ne peut pas avoir cette logique complètement autarcique, appuie-t-il. L’enjeu, c’est d’augmenter de manière très significative notre production électrique. »

Une éolienne, six terrains de foot de photovoltaïque

« A-t-on assez développé les énergies renouvelables ? La réponse est non. En France, et donc par définition dans le Cantal, déduit Laurent Buchaillat. L’enjeu est celui du dérèglement climatique. Il s’agit de limiter nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous avons deux leviers principaux. Réduire notre consommation d’énergie… et basculer massivement des énergies fossiles vers les énergies décarbonées. »

Certes, l’éolien ne constitue pas le seul levier d’action. Le Cantal pourrait très bien « optimiser » ses barrages ou poursuivre sa « bonne dynamique » relative au photovoltaïque. Mais cela ne suffira pas. « À la rigueur, on pourrait dire : on ne met que des panneaux photovoltaïques et pas d’éoliennes, expose le préfet. Seulement, ce n’est pas tout à fait le même mode de fonctionnement. On considère qu’une éolienne, pour la même puissance installée, délivre près de 70 % d’électricité en plus, notamment car elle fonctionne la nuit. Une éolienne de 2 MW, c’est l’équivalent de quatre hectares de panneaux solaires… Soit six terrains de foot », illustre Laurent Buchaillat.

Le coût de l’acceptation

Afin d’atteindre la neutralité carbone « d’ici 2050 », le gouvernement tente d’associer les maires, confrontés quant à eux au coût de « l’acceptation » des administrés, bien souvent opposés à l’arrivée d’éoliennes près de leur jardin.

Pour base de travail, l’État s’appuie sur une cartographie « non contraignante » des zones dites favorables au développement éolien. Non contraignante, car elle n’empêche en rien les constructeurs de tenter leur chance là où ils le souhaitent.

4,9 % du territoire concerné

Une première version, très critiquée, avait été concoctée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) en 2022. Depuis, cette carte a été réactualisée, au grand désespoir du sénateur LR Stéphane Sautarel : la nouvelle version « multiplie par près de 13, excusez du peu, le pourcentage du territoire cantalien concerné par l’implantation d’éoliennes », a-t-il dénoncé en novembre.

« Quasiment illisible » : la carte de l’éolien qui agite le Cantal

Le préfet confirme en nuançant. « Il y a eu un premier projet de cartographie qui n’a jamais eu d’existence officielle. Et ensuite, un travail d’harmonisation nationale, mené par le ministère de la Transition écologique, qui, par rapport au premier projet discuté, a abouti à un desserrement des zones favorables. On était à moins de 0,5 % du territoire et on passe à 4,9 %, pour une raison essentiellement : l’expertise scientifique sur le périmètre d’éloignement du milan royal. Avant, on considérait que si l’on était à moins de cinq kilomètres d’un nid, c’était problématique ; maintenant, on est descendus à trois kilomètres, détaille Laurent Buchaillat. Pour autant, rien ne remplace l’étude sur place, projet par projet, ni l’enquête publique, qui peuvent aboutir à des résultats différents. »

Une carte sans aucune « valeur prescriptive »

Pour voir la carte en plein écran, cliquez ici

La carte des « zones favorables à l’éolien » dans le Cantal, que nous reproduisons ci-dessus, est datée du 23 octobre 2023. Les services de la préfecture ont accepté de nous la transmettre.

 Quatre couleurs correspondent à quatre « niveaux d’enjeux » : « rédhibitoires », « forts », « à prendre en compte »… et pour ce qui est des taches prune, celles-ci renvoient à des « locaux à considérer », donc favorables« L’objectif est de permettre aux maires de déterminer eux-mêmes, sur leur territoire, les zones leur semblant les plus propices », décrypte le préfet.
« C’est un signal adressé aux porteurs de projets. Ce sont des zones où, a priori, leur projet peut se déployer plus facilement et plus rapidement. » 

Néanmoins, cette carte « n’a pas de valeur prescriptive ». Elle ne constitue qu’une simple « aide à la décision ».

Categories:

Premier commentaire

  1. Il existe des milliers de terrains de foot sur les toitures des grandes surfaces du département. Il serait facile de les couvrir de panneaux solaires et ainsi préserver les magnifiques vues et perspectives que nous offre ce beau département du Cantal.
    Merci de nous tenir informé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *